Tous les articles classés dans : Voyage et culture

« Mere paas tum ho », la goutte de trop pour une révolution qui gronde #auratmarch

Il y a d’abord eu, en août 2019, ce nouveau drama à la télévision pakistanaise : Mere paas tum ho (Tu es avec moi, ou tu m’appartiens, selon la traduction car le verbe avoir n’existe pas en langue ourdou). Le premier épisode rassemble les foules, et petit à petit, l’audience grossit, jusqu’à devenir un phénomène, et finalement la série télévisée la plus regardée de toute l’histoire des séries pakistanaises. Casting bien choisi, stars du petit écran, un enfant révélation, tous les ingrédients du succès sont là. Pendant les premiers épisodes, on a un peu de mal à comprendre la morale vers laquelle essaiera de tendre le drama : un couple de classe moyenne avec leur enfant, famille nucléaire dans sa routine à Karachi, le mari qui travaille comme fonctionnaire (exemplarité de droiture puisqu’il refuse les pots-de-vin), la femme à la maison qui s’occupe de leur fils de 6 ans et qui s’ennuie ferme. Ils ont fait un mariage d’amour il y a sept ans après s’être rencontrés à l’université, le mari montre un amour très …

Anaar, le trésor de Kandahar

Il est en Afghanistan un trésor moins enfoui que le lapis lazuli du Badakhshan, ou que l’Emeraude du Panjshir, moins coûteux que le safran aux filaments enflammés, moins destructeur que le pavot assassin, mais tellement plus ancré dans le coeur des hommes, tellement plus évoqué dans la littérature et la poésie, tellement plus reproduit sur les motifs des étoffes ou des enluminures… C’est la grenade, anaar en dari et en pashto (langues nationales d’Afghanistan), et son fief est la perle du sud, Kandahar. Il paraîtrait que ce sont les plus rouges et les plus sucrées de la planète, et les kandaharis la portent comme un étendard et ne se lassent jamais de faire sont éloge. Récemment nous parlions avec une jeune néerlandaise d’origine afghane qui nous disait être de Kandahar. Nous avons immédiatement évoqué les grenades. Elle a éclaté de rire en disant : « Oh ne m’en parlez pas ! On ne peut pas manger une grenade où que ce soit dans le monde sans que mes parents fassent la moue en pestant : hum, …

Ouïghours, ou le silence insoutenable

Kashgar. Il fut un temps où ce nom résonnait comme le Baghdad des Mille et unes nuits, oasis au milieu du désert, bazar vibrant et grouillant, puit d’odeurs et de couleurs, étape méritée des expéditions de la route de la soie, qui arrivait comme par surprise, première civilisation rencontrée enfin après les déserts du Kazakhstan ou les montagnes d’Afghanistan et du Pakistan. Kashgar survit. Tente de survivre. Kashgar est aussi la capitale de la province chinoise Ouïghoure, le Xinjiang. Depuis plusieurs années, elle est victime des plans de rénovation décidés par le gouvernement chinois, en vue, selon ces mêmes autorités, de « moderniser » la ville. Dans les faits, ce sont toutes les traces de l’histoire et de la culture ouïghoures que l’on efface méthodiquement. Comme si rien n’avait jamais existé. Parallèlement, le gouvernement a entrepris une grande campagne de peuplement de la province par l’ethnie han, majoritaire, qui vient donc doucement mais sûrement remplacer les Ouïghours. On tente un lavage de cerveau de tous les hommes musulmans âgés de 20 à 50 ans Dans les années …

A wedding journey – Episode 2 – Histoire de Sameena

Nous sommes en novembre. Il fait nuit, et la fraîcheur monte doucement des champs de riz brûlés par le soleil. La journée est finie, plus un bruit ne vient à nous à part quelques oiseaux nocturnes. Nous sommes dans la cuisine, la pièce extérieure dans laquelle on fait le feu, entre femmes, alors que le reste de la maison est déjà couché. Nous sommes dans les mois qui précèdent le mariage de Sameena, et nous avons appris l’accord des deux familles il y a très peu de temps. Je demande à Sameena si elle a déjà vu son fiancé. Maryam ricane à côté de moi. J’ai posé la question taboue, je le sais, je l’ai fait exprès. Elle me répond qu’on lui a donné une photo. Elle ne sait pas vraiment dire si il lui plaît ou pas. Elle sait que c’est son promis, sa vie, celui qui sera à elle et à qui elle appartiendra toute sa vie. Sa mère est gentille, elle l’accueillera avec amour. Ses soeurs sont mariées, ses frères ont émigré. …

Une histoire de mariage – Episode 1

La saison des mariages commence au Pakistan. Nous avons d’abord pensé écumer les photos de défilés pour faire une sélection de looks, puis nous sommes tombées sur une campagne magnifique, celle de la collection mariées de Hussain Rehar, designer pakistanais de Lahore : Fateh Pur, Queens of Punjab. Les photos étaient tellement fortes qu’elles m’ont immédiatement projetée dans les mariages que j’avais vécus au Punjab pakistanais. Nous avons décidé d’en illustrer ces souvenirs, quelques histoires de femmes comme vous et nous. Nous sommes au Punjab, la région agricole du Pakistan. Même s’il s’agit de la région où le taux de scolarité est le plus important, les filles ne vont à l’école, dans le meilleur des cas, que jusqu’à la douzième classe, celle qui correspond au brevet des collèges. Toute leur éducation, ou presque, est destinée au mariage, et à pouvoir satisfaire un bon parti, car elle quitteront leur famille pour aller vivre dans la maison de leur belle-famille. Il leur faut un peu d’éducation, mais pas trop, pour qu’elle puisse se satisfaire de sa situation …

La France black blanc beur nous a trahis #coupedumonde

Pour celles et ceux qui étaient assez âgés à l’époque pour se souvenir, nous avons tous un souvenir très précis et inébranlable de la coupe du monde 1998, et de l’euphorie dans laquelle nous nous sommes sentis plonger. Des marées populaires, le drapeau français arboré fièrement alors qu’on ne nous apprend pas particulièrement en France le sentiment patriotique, et que la Marseillaise (mais qu’on nous change ces paroles !!!) n’est pas apprise à l’école. Et soudainement le sentiment d’appartenir à quelque chose, à un groupe fort et indivisible, dans lequel chacun aurait sa place. Un espoir fou. On nous parle à l’époque d’une France black blanc beur, on prend conscience de la réalité de la population, elle est noire, blanche, arabe, musulmane aussi, tout cela c’est la France. Et on se prend à rêver de ce qu’on pourrait devenir si on est tous ensemble. Mais 20 ans se sont écoulés. Zizou a donné son fameux coup de tête, « sa culture du quartier » l’a rattrapé, et le beur du black blanc beur est redevenu suspect de …

Vous m’avez oubliée, et je mourrai sans bruit #rohingya

Vous m’avez oubliée, et je mourrai sans bruit. Ma vie s’éteindra en silence comme le vent balaye les feuilles mortes, sans splendeur, sans larmes et sans tristesse, sans même un dernier cri. Ma vie ne valait pas moins qu’une autre pourtant, j’avais aussi mes rêves et mes idéaux, j’étais fière et aimée autant que j’aimais, j’étais le membre d’une famille, mon coeur battait pour tant de choses. J’étais un être humain, mais on a nié cette humanité. Mon existence ne comptait pas, ma famille ne comptait pas, mes rêves, mes rires, mes jeux ne comptaient pas, tout cela ne suffisait pas à faire de moi leur semblable. Dans ce monde régi par les intérêts économiques, la guerre est précieuse, les vies humaines bien peu. Mon pays est pauvre, petit et mal situé, il ne sera jamais envahi par les puissances étrangères, personne ne défendra jamais les droits que l’on m’a volés. De l’autre côté du globe, certains pensent même que je le mérite, pour avoir le tort de partager la même religion que ceux qui …

Dangal, ou l’hymne à la libération des femmes indiennes

Si nous parlons bollywood aujourd’hui, c’est parce-que le film que nous évoquons, qui traite de l’émancipation des femmes indiennes par le sport, en l’occurence la lutte, n’a rien des clichés classiques de l’industrie cinématographique de Mumbai. Tout d’abord parce-que nous connaissons Aamir Khan, acteur et également producteur du film, comme un anti-héros bollywoodien en tant qu’acteur. En tant que producteur, il a abordé des sujets très profonds : notamment l’autisme dans Taare Zameen Par, et les relations entre les religions dans PK. Ensuite, parce-que ce film met une petite raclée à Salman Khan, qui est pour le coup un cliché du « héros bollywoodien qui reste éternellement jeune premier », récemment à l’affiche dans Sultan, film traitant aussi de la lutte. Ensuite parce que le film met en avant des actrices qui n’appartiennent pas à la scène habituelle de bollywood, et qui ne sont pas issues de ces grandes familles du cinéma hindi, milieu non épargné par le système des clans et des castes. Et enfin, ce qui a titillé notre féminisme, et qui fait que nous …

Pakistan : sur le toit du monde…

Entre le lancement de la nouvelle collection de bijoux et de châles et celui de notre collection d’hiver, Season of Aman, cela faisait longtemps que nous n’avions pas eu l’occasion de voyager sur le blog, et cela nous manquait un peu pour tout vous dire… Puisque la saison s’y prête, mais que nous manquons de neige en Europe cette année, nous avons eu envie de partir en voyage virtuel sur les plus hauts sommets du monde, au Pakistan. Car le pays abrite cinq des sommets de plus de 8000 m que compte le globe, et 108 sommets de plus de 7000 m d’altitude. Différents massifs montagneux se partagent ces sommets : l’Himalaya, le Karakorum et l’Hindu Kush. Une région à part, préservée, intouchable, sauf par les alpinistes (qui y ont souvent laissé leur vie) et les amateurs de trecks confirmés qui sont pratiquement les seuls rares touristes actuels au Pakistan. Une région également dont les habitants vivent coupés du monde, inaccessibles pendant les longs mois d’hiver, parlent des langues rares et perpétuent des traditions très anciennes …

Azerbaïdjan, Terre de tolérance : suite de nos pérégrinations avec le photographe Reza

Nous avons eu l’honneur d’être invitées le samedi 29 août par l’équipe de Reza à assister à une visite guidée par le photographe lui-même de son exposition « Azerbaïdjan, Terre de tolérance », une sélection de ses photos prises depuis une trentaine d’années dans ce pays en mutation, dont il a suivi toutes les étapes. L’Azerbaïdjan a une frontière iranienne, et Reza est né à Tabriz, en terre iranienne azeri, qui donc mieux que lui pour comprendre sa culture et ses codes et capter ses images les plus profondes… L’Azerbaïdjan a cette particularité d’abriter les trois religions monothéistes depuis des siècles, dans une cohabitation pacifique exceptionnelle faite de partage et de respect mutuel, que l’époque soviétique n’a pas ébranlée… C’est ce versant sur lequel Reza a choisi d’insister dans sa sélection de photos, en ces jours d’incompréhension réciproque, car oui cet idéal d’entente fraternelle existe bien quelque part, et ce serait en Azerbaïdjan… Pendant l’exposition, Reza nous commente les images avec l’humilité qui le caractérise, et qui a sans nulle doute contribué à lui ouvrir les portes …