Tous les articles classés dans : Voyage et culture

La France black blanc beur nous a trahis #coupedumonde

Pour celles et ceux qui étaient assez âgés à l’époque pour se souvenir, nous avons tous un souvenir très précis et inébranlable de la coupe du monde 1998, et de l’euphorie dans laquelle nous nous sommes sentis plonger. Des marées populaires, le drapeau français arboré fièrement alors qu’on ne nous apprend pas particulièrement en France le sentiment patriotique, et que la Marseillaise (mais qu’on nous change ces paroles !!!) n’est pas apprise à l’école. Et soudainement le sentiment d’appartenir à quelque chose, à un groupe fort et indivisible, dans lequel chacun aurait sa place. Un espoir fou. On nous parle à l’époque d’une France black blanc beur, on prend conscience de la réalité de la population, elle est noire, blanche, arabe, musulmane aussi, tout cela c’est la France. Et on se prend à rêver de ce qu’on pourrait devenir si on est tous ensemble. Mais 20 ans se sont écoulés. Zizou a donné son fameux coup de tête, « sa culture du quartier » l’a rattrapé, et le beur du black blanc beur est redevenu suspect de …

Vous m’avez oubliée, et je mourrai sans bruit #rohingya

Vous m’avez oubliée, et je mourrai sans bruit. Ma vie s’éteindra en silence comme le vent balaye les feuilles mortes, sans splendeur, sans larmes et sans tristesse, sans même un dernier cri. Ma vie ne valait pas moins qu’une autre pourtant, j’avais aussi mes rêves et mes idéaux, j’étais fière et aimée autant que j’aimais, j’étais le membre d’une famille, mon coeur battait pour tant de choses. J’étais un être humain, mais on a nié cette humanité. Mon existence ne comptait pas, ma famille ne comptait pas, mes rêves, mes rires, mes jeux ne comptaient pas, tout cela ne suffisait pas à faire de moi leur semblable. Dans ce monde régi par les intérêts économiques, la guerre est précieuse, les vies humaines bien peu. Mon pays est pauvre, petit et mal situé, il ne sera jamais envahi par les puissances étrangères, personne ne défendra jamais les droits que l’on m’a volés. De l’autre côté du globe, certains pensent même que je le mérite, pour avoir le tort de partager la même religion que ceux qui …

Dangal, ou l’hymne à la libération des femmes indiennes

Si nous parlons bollywood aujourd’hui, c’est parce-que le film que nous évoquons, qui traite de l’émancipation des femmes indiennes par le sport, en l’occurence la lutte, n’a rien des clichés classiques de l’industrie cinématographique de Mumbai. Tout d’abord parce-que nous connaissons Aamir Khan, acteur et également producteur du film, comme un anti-héros bollywoodien en tant qu’acteur. En tant que producteur, il a abordé des sujets très profonds : notamment l’autisme dans Taare Zameen Par, et les relations entre les religions dans PK. Ensuite, parce-que ce film met une petite raclée à Salman Khan, qui est pour le coup un cliché du « héros bollywoodien qui reste éternellement jeune premier », récemment à l’affiche dans Sultan, film traitant aussi de la lutte. Ensuite parce que le film met en avant des actrices qui n’appartiennent pas à la scène habituelle de bollywood, et qui ne sont pas issues de ces grandes familles du cinéma hindi, milieu non épargné par le système des clans et des castes. Et enfin, ce qui a titillé notre féminisme, et qui fait que nous …

Pakistan : sur le toit du monde…

Entre le lancement de la nouvelle collection de bijoux et de châles et celui de notre collection d’hiver, Season of Aman, cela faisait longtemps que nous n’avions pas eu l’occasion de voyager sur le blog, et cela nous manquait un peu pour tout vous dire… Puisque la saison s’y prête, mais que nous manquons de neige en Europe cette année, nous avons eu envie de partir en voyage virtuel sur les plus hauts sommets du monde, au Pakistan. Car le pays abrite cinq des sommets de plus de 8000 m que compte le globe, et 108 sommets de plus de 7000 m d’altitude. Différents massifs montagneux se partagent ces sommets : l’Himalaya, le Karakorum et l’Hindu Kush. Une région à part, préservée, intouchable, sauf par les alpinistes (qui y ont souvent laissé leur vie) et les amateurs de trecks confirmés qui sont pratiquement les seuls rares touristes actuels au Pakistan. Une région également dont les habitants vivent coupés du monde, inaccessibles pendant les longs mois d’hiver, parlent des langues rares et perpétuent des traditions très anciennes …

Azerbaïdjan, Terre de tolérance : suite de nos pérégrinations avec le photographe Reza

Nous avons eu l’honneur d’être invitées le samedi 29 août par l’équipe de Reza à assister à une visite guidée par le photographe lui-même de son exposition « Azerbaïdjan, Terre de tolérance », une sélection de ses photos prises depuis une trentaine d’années dans ce pays en mutation, dont il a suivi toutes les étapes. L’Azerbaïdjan a une frontière iranienne, et Reza est né à Tabriz, en terre iranienne azeri, qui donc mieux que lui pour comprendre sa culture et ses codes et capter ses images les plus profondes… L’Azerbaïdjan a cette particularité d’abriter les trois religions monothéistes depuis des siècles, dans une cohabitation pacifique exceptionnelle faite de partage et de respect mutuel, que l’époque soviétique n’a pas ébranlée… C’est ce versant sur lequel Reza a choisi d’insister dans sa sélection de photos, en ces jours d’incompréhension réciproque, car oui cet idéal d’entente fraternelle existe bien quelque part, et ce serait en Azerbaïdjan… Pendant l’exposition, Reza nous commente les images avec l’humilité qui le caractérise, et qui a sans nulle doute contribué à lui ouvrir les portes …

Ikat, l’imprimé teint et noué aux accents d’orient…

Puisqu’en ce moment, nous parlons Route de la Soie et tissus imprimés, nous devons parler de cet imprimé caractéristique qui a longtemps été l’un des symboles des villes de Bukhara et Samarqand en Ouzbekistan, mais aussi de Kashgar en Chine occidentale. Plus que cela, ces imprimés continuent à influencer les imprimés des collections de tissu en Asie du Sud et du Sud-Est, comme une trace du passé… Initialement, le mot Ikat vient d’Indonésie « attacher, nouer », où il existe une forte culture de cette pratique. Ce mode de tissage et de teinture est également fortement pratiqué en Inde et au Japon notamment, mais également en Amérique Centrale et en Amérique du Sud. Cette appellation vient du fait que les fils sont teints avant d’être tissés. On fait des noeuds aux endroit qui doivent rester incolores pour que la teinture ne les atteigne pas, avant de plonger le tissu dans la teinture. Les couleurs sont apposées à intervalles précis, de sorte qu’au moment du tissage, les motifs apparaissent par la juxtaposition des parties colorées du fil. Les …

REZA : Afghanistan et Kurdistan sur Seine…

En ce moment sur les bords de Seine à Paris, ce sont des regards venus de très loin qui vous fixent du quai faisant face à celui du musée d’Orsay… Pour nous, le photographe iranien Reza est un symbole, c’est entre autres lui qui a donné un visage aux afghans, alors qu’on ne connaissait en occident que des terres désolées ravagées par la guerre et les silhouettes sans visage et sans nom des clandestins du square Villemin dans le 10ème arrondissement… Quelle fierté alors de voir le visage désormais célèbre de cette petite pashtoune aux yeux verts qui transpercent la capitale, dignement campée face au Musée d’Orsay et défiant les centaines de promeneurs qui défilent chaque jour sur le quai opposé. L’exposition en plein air Rêve d’humanité, que vous pourrez découvrir jusqu’au 15 octobre, présente aussi le travail plus récent que Reza a mené dans un camp de réfugié sous forme d’atelier de photographie avec des enfants syriens, qui ont été les témoins de leur quotidien dans le camp, immortalisant leur regard sur cette réalité…

A la découverte des bracelets de verre…

Aujourd’hui nous voulions vous raconter l’histoire des bracelets de verre. Ces bracelets ronds que l’on porte par douzaines sont devenus en occident le symbole de bollywood. Pourtant, plus ou moins travaillés, ils sont depuis longtemps la parure simple de toutes les femmes d’Asie du Sud, loin des projecteurs de Bombay. L’industrie du bracelet de verre est née à Ferozabad, dans l’état de l’Uttar Pradesh, en Inde, état à majorité musulmane, bastion de la poésie et de la littérature ourdou et persane. A la partition en 1947, quand des milliers de musulmans quittèrent leurs terres pour le nouveau Pakistan, le « pays des purs », alors que dans le sens inverse les sikhs et les hindous rejoignaient en masse le territoire amoindrit de « l’Hindustan », « pays des hindous », la communauté de ceux qui avaient appris à manier le verre fondu pour en faire ces bracelets au son si particulier se retrouvèrent aux alentours de la ville d’Hyderabad, à proximité de Karachi, dans le sud du Pakistan. La ville devint peu à peu la ville traditionnelle pakistanaise du travail des …

Yusuf Khan, Sher Bano, Adam Khan, Durkhanai et les autres…

Vous l’aurez peut-être remarqué en vous promenant sur le site de la boutique Gulshaan. Nos robes, nos tuniques et nos shalwar kameez portent des noms révélateurs de la collection, dont le décor est planté dans les montagnes afghano-pakistanaises. Si vous avez regardé avec un peu d’attention les fiches produits, vous avez vu que tous les noms étaient expliqués… Parfois le nom d’un endroit, parfois un mot, parfois le nom d’un personnage mythique. Par cette collection hommage, nous avons voulu mettre en avant la culture des montagnes, et notamment la culture pashtoune, méconnue ou mal connue, souvent associée aux difficiles événements de ces dernières années, présentée comme la communauté qui a engendré les Taliban*. Mais derrière cette façade, il y a une culture riche et vivace, qui perdure et se transmet de génération en génération. La culture pashtoune se vit profondément collectivement, et malgré la mondialisation et l’ouverture vers l’occident, ses valeurs ont été étonnamment préservées, sûrement en partie pour cette raison. Le pilier de la culture pashtoune est la notion d’honneur,  considéré comme le bien le plus précieux …

La terre a tremblé…

Vous n’êtes pas sans connaître l’ampleur des dégâts et des pertes humaines suite au tremblement de terre qui s’est produit au Népal le 25 avril, suivi par de nombreuses répliques. Nous vous parlons souvent du Pakistan, et en apprenant la triste nouvelle, nous nous sommes sentis comme liés à ce pays de l’autre extrémité de l’Himalaya, qui connaît la même rudesse géographique, le même mode de vie de ceux qui grandissent sur les pentes des plus hauts sommets du monde, la même pauvreté, malgré une culture et une religion différente. Cela n’a pas été non plus sans nous rappeler le tremblement de terre meurtrier de 2005 au Kashmir, qui avait traumatisé le Pakistan et le nord de l’Inde. Depuis dix ans déjà, on se raconte au Pakistan le souvenir de cette journée noire, quand la terre a tremblé. Nous profitons de cette actualité difficile pour vous parler d’une ONG dont nous avions rencontré la directrice, Stéphanie Selle, il y a quelques temps. Planète Enfants a été créé il y a déjà vingt-et-un ans, pour venir …