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Vous m’avez oubliée, et je mourrai sans bruit #rohingya

Vous m’avez oubliée, et je mourrai sans bruit. Ma vie s’éteindra en silence comme le vent balaye les feuilles mortes, sans splendeur, sans larmes et sans tristesse, sans même un dernier cri. Ma vie ne valait pas moins qu’une autre pourtant, j’avais aussi mes rêves et mes idéaux, j’étais fière et aimée autant que j’aimais, j’étais le membre d’une famille, mon coeur battait pour tant de choses. J’étais un être humain, mais on a nié cette humanité. Mon existence ne comptait pas, ma famille ne comptait pas, mes rêves, mes rires, mes jeux ne comptaient pas, tout cela ne suffisait pas à faire de moi leur semblable. Dans ce monde régi par les intérêts économiques, la guerre est précieuse, les vies humaines bien peu. Mon pays est pauvre, petit et mal situé, il ne sera jamais envahi par les puissances étrangères, personne ne défendra jamais les droits que l’on m’a volés. De l’autre côté du globe, certains pensent même que je le mérite, pour avoir le tort de partager la même religion que ceux qui disent tuer au nom de Dieu. Pour ceux qui croient encore en la justice, sachez qu’elle n’existe pas en ce bas-monde.

On m’a retiré ma nationalité, comme si aucune terre n’était mienne, comme si aucune poussière ne m’avait engendrée, pour que je sois à jamais étrangère en ce monde, sans origine ni destination, simplement condamnée à errer. On m’a arraché mes racines, coupée de mon histoire. On a encerclé mon village, torturé les miens, brûlé ma maison, on a voulu effacer toute trace de ma culture, de mes ancêtres. On m’a forcé à vivre dans un camp où le moindre de mes gestes était contrôlé, la moindre de mes paroles surveillée. Je n’ai jamais eu le droit d’aller à l’école, et tant des miens nous ont quittés de ne pas avoir été soignés. Je n’avais pas le droit de voyager, pas le droit de me marier sans l’autorisation des autorités, pas le droit de manger à ma faim, pas le droit de voter. J’entends encore le crépitement des corps en feu de ceux qui avaient tardé à fuir, les cris de désespoir. Je vois encore les enfants morts, les visages défigurés par la douleur, les yeux vides des corps ravagés par les viols, les stérilisations et les avortements forcés. Je me rappelle les victimes des passeurs proxénètes, tombées dans leurs bras pour avoir voulu fuir, et ceux qui ont quitté cette prison par la mer, embarquant dans un dernier sursaut sur un bateau qui n’est jamais arrivé. Je revois les tirs sans sommation, j’entends l’ordre de partir pour ne pas mourir, je perçois la panique, les cris, les enfants perdus, je sens la peur qui me saisit les tripes et je contemple les dernières braises de notre histoire qui part en fumée. 

Je suis née dans l’Arakan, et je ne suis pas bouddhiste, mais musulmane. Je suis Rohingya. 

Le ciel paraît bien bas, la terre si étroite et l’air si lourd, j’ai tellement de mal à l’inspirer. Que Dieu me donne des ailes, qu’Il m’arrache à cette boue qui m’agrippe et me noie, à cette humiliation qui me terrasse. Qu’Il me rende légère et m’enlève le poids de cette angoisse et de votre ignorance. Qu’Il me redonne mes larmes, que mon corps sec se vide enfin.

Ma soeur, mon frère en humanité, vous m’avez oubliée, je mourrai sans bruit, et sachez que vous aurez ma mort sur la conscience.

 

Pour agir :

Collectif HAMEB

UNHCR

et partager cet article…

(Crédit photo : Véronique de Viguerie)

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