Tous les articles classés dans : Evasion et culture

Anaar, le trésor de Kandahar

Il est en Afghanistan un trésor moins enfoui que le lapis lazuli du Badakhshan, ou que l’Emeraude du Panjshir, moins coûteux que le safran aux filaments enflammés, moins destructeur que le pavot assassin, mais tellement plus ancré dans le coeur des hommes, tellement plus évoqué dans la littérature et la poésie, tellement plus reproduit sur les motifs des étoffes ou des enluminures… C’est la grenade, anaar en dari et en pashto (langues nationales d’Afghanistan), et son fief est la perle du sud, Kandahar. Il paraîtrait que ce sont les plus rouges et les plus sucrées de la planète, et les kandaharis la portent comme un étendard et ne se lassent jamais de faire sont éloge. Récemment nous parlions avec une jeune néerlandaise d’origine afghane qui nous disait être de Kandahar. Nous avons immédiatement évoqué les grenades. Elle a éclaté de rire en disant : « Oh ne m’en parlez pas ! On ne peut pas manger une grenade où que ce soit dans le monde sans que mes parents fassent la moue en pestant : hum, …

Ouïghours, ou le silence insoutenable

Kashgar. Il fut un temps où ce nom résonnait comme le Baghdad des Mille et unes nuits, oasis au milieu du désert, bazar vibrant et grouillant, puit d’odeurs et de couleurs, étape méritée des expéditions de la route de la soie, qui arrivait comme par surprise, première civilisation rencontrée enfin après les déserts du Kazakhstan ou les montagnes d’Afghanistan et du Pakistan. Kashgar survit. Tente de survivre. Kashgar est aussi la capitale de la province chinoise Ouïghoure, le Xinjiang. Depuis plusieurs années, elle est victime des plans de rénovation décidés par le gouvernement chinois, en vue, selon ces mêmes autorités, de « moderniser » la ville. Dans les faits, ce sont toutes les traces de l’histoire et de la culture ouïghoures que l’on efface méthodiquement. Comme si rien n’avait jamais existé. Parallèlement, le gouvernement a entrepris une grande campagne de peuplement de la province par l’ethnie han, majoritaire, qui vient donc doucement mais sûrement remplacer les Ouïghours. On tente un lavage de cerveau de tous les hommes musulmans âgés de 20 à 50 ans Dans les années …

A wedding journey – Episode 2 – Histoire de Sameena

Nous sommes en novembre. Il fait nuit, et la fraîcheur monte doucement des champs de riz brûlés par le soleil. La journée est finie, plus un bruit ne vient à nous à part quelques oiseaux nocturnes. Nous sommes dans la cuisine, la pièce extérieure dans laquelle on fait le feu, entre femmes, alors que le reste de la maison est déjà couché. Nous sommes dans les mois qui précèdent le mariage de Sameena, et nous avons appris l’accord des deux familles il y a très peu de temps. Je demande à Sameena si elle a déjà vu son fiancé. Maryam ricane à côté de moi. J’ai posé la question taboue, je le sais, je l’ai fait exprès. Elle me répond qu’on lui a donné une photo. Elle ne sait pas vraiment dire si il lui plaît ou pas. Elle sait que c’est son promis, sa vie, celui qui sera à elle et à qui elle appartiendra toute sa vie. Sa mère est gentille, elle l’accueillera avec amour. Ses soeurs sont mariées, ses frères ont émigré. …

Une histoire de mariage – Episode 1

La saison des mariages commence au Pakistan. Nous avons d’abord pensé écumer les photos de défilés pour faire une sélection de looks, puis nous sommes tombées sur une campagne magnifique, celle de la collection mariées de Hussain Rehar, designer pakistanais de Lahore : Fateh Pur, Queens of Punjab. Les photos étaient tellement fortes qu’elles m’ont immédiatement projetée dans les mariages que j’avais vécus au Punjab pakistanais. Nous avons décidé d’en illustrer ces souvenirs, quelques histoires de femmes comme vous et nous. Nous sommes au Punjab, la région agricole du Pakistan. Même s’il s’agit de la région où le taux de scolarité est le plus important, les filles ne vont à l’école, dans le meilleur des cas, que jusqu’à la douzième classe, celle qui correspond au brevet des collèges. Toute leur éducation, ou presque, est destinée au mariage, et à pouvoir satisfaire un bon parti, car elle quitteront leur famille pour aller vivre dans la maison de leur belle-famille. Il leur faut un peu d’éducation, mais pas trop, pour qu’elle puisse se satisfaire de sa situation …

Une histoire de frontières #kashmir

Si la colonisation a fait des ravages sur le plan humain, éthique et culturel, la décolonisation a été lourde de conséquences, partout dans le monde. L’une des principales causes des conflits actuels est le tracé des frontières, effectué par les colons avant leur retraite. Au Pakistan, c’est le cas pour toutes les provinces du pays ou presque. En 1947, au retrait des Anglais, il est  finalement décidé, après moultes discussions et manifestations, de séparer l’ancien Empire Britannique en deux états distincts : L’Inde, à majorité hindoue, et le Pakistan, nouveau pays créé pour les musulmans, qui se déploiera sur les provinces à majorité musulmane. De nouvelles frontières sont donc tracées et les provinces pakistanaises créées : Khyber Pakhtunkhwa, Balochistan, Sindh, Punjab, et Bangladesh (ce dernier obtiendra son indépendance en 1971). Nous reviendrons plus tard au cas du Kashmir. Au Khyber Pakhtunkhwa, la ligne Durand, tracée par les Britanniques à leur départ, a séparé l’Afghanistan du nouveau Pakistan, coupant l’ethnie pashtoune en deux volontairement (et allant même jusqu’à couper les tribus les plus gênantes en deux pour les affaiblir). La …

Bridal Fashion Week au Pakistan, une semaine haute en couleurs…

Alors que les chaleurs écrasantes de l’été s’estompent et que l’air devient plus respirable, une fois les eaux des fortes pluies de la mousson évaporées, la saison des mariages commence au Pakistan. Partout les maisons s’ornent de guirlandes lumineuses et de fleurs. Il y a quelques jours se déroulait là-bas comme chaque année la Bridal Fashion Week, la Fashion Week « Mariage », où les designers nationaux présentaient leurs collections les plus travaillées. L’artisanat dans toute sa splendeur, car chaque pièce est faite main, comme nous vous le montrions récemment avec la tenue de mariée sur laquelle nous avons travaillé au Pakistan pour le tournage d’un film. Le défilé en image… Les mariages pakistanais sont généralement divisés en trois jours : le mehendi (jour du henné), où la mariée porte des vêtements simples, souvent dans les tons jaunes ou verts, le bharat (jour du nikah, mariage religieux) où la mariée quitte sa maison pour la maison de sa belle-famille, et le walima (jour où la belle-famille reçoit les invités chez elle). Même si le rouge reste la couleur …

Azerbaïdjan, Terre de tolérance : suite de nos pérégrinations avec le photographe Reza

Nous avons eu l’honneur d’être invitées le samedi 29 août par l’équipe de Reza à assister à une visite guidée par le photographe lui-même de son exposition « Azerbaïdjan, Terre de tolérance », une sélection de ses photos prises depuis une trentaine d’années dans ce pays en mutation, dont il a suivi toutes les étapes. L’Azerbaïdjan a une frontière iranienne, et Reza est né à Tabriz, en terre iranienne azeri, qui donc mieux que lui pour comprendre sa culture et ses codes et capter ses images les plus profondes… L’Azerbaïdjan a cette particularité d’abriter les trois religions monothéistes depuis des siècles, dans une cohabitation pacifique exceptionnelle faite de partage et de respect mutuel, que l’époque soviétique n’a pas ébranlée… C’est ce versant sur lequel Reza a choisi d’insister dans sa sélection de photos, en ces jours d’incompréhension réciproque, car oui cet idéal d’entente fraternelle existe bien quelque part, et ce serait en Azerbaïdjan… Pendant l’exposition, Reza nous commente les images avec l’humilité qui le caractérise, et qui a sans nulle doute contribué à lui ouvrir les portes …

Ikat, l’imprimé teint et noué aux accents d’orient…

Puisqu’en ce moment, nous parlons Route de la Soie et tissus imprimés, nous devons parler de cet imprimé caractéristique qui a longtemps été l’un des symboles des villes de Bukhara et Samarqand en Ouzbekistan, mais aussi de Kashgar en Chine occidentale. Plus que cela, ces imprimés continuent à influencer les imprimés des collections de tissu en Asie du Sud et du Sud-Est, comme une trace du passé… Initialement, le mot Ikat vient d’Indonésie « attacher, nouer », où il existe une forte culture de cette pratique. Ce mode de tissage et de teinture est également fortement pratiqué en Inde et au Japon notamment, mais également en Amérique Centrale et en Amérique du Sud. Cette appellation vient du fait que les fils sont teints avant d’être tissés. On fait des noeuds aux endroit qui doivent rester incolores pour que la teinture ne les atteigne pas, avant de plonger le tissu dans la teinture. Les couleurs sont apposées à intervalles précis, de sorte qu’au moment du tissage, les motifs apparaissent par la juxtaposition des parties colorées du fil. Les …

REZA : Afghanistan et Kurdistan sur Seine…

En ce moment sur les bords de Seine à Paris, ce sont des regards venus de très loin qui vous fixent du quai faisant face à celui du musée d’Orsay… Pour nous, le photographe iranien Reza est un symbole, c’est entre autres lui qui a donné un visage aux afghans, alors qu’on ne connaissait en occident que des terres désolées ravagées par la guerre et les silhouettes sans visage et sans nom des clandestins du square Villemin dans le 10ème arrondissement… Quelle fierté alors de voir le visage désormais célèbre de cette petite pashtoune aux yeux verts qui transpercent la capitale, dignement campée face au Musée d’Orsay et défiant les centaines de promeneurs qui défilent chaque jour sur le quai opposé. L’exposition en plein air Rêve d’humanité, que vous pourrez découvrir jusqu’au 15 octobre, présente aussi le travail plus récent que Reza a mené dans un camp de réfugié sous forme d’atelier de photographie avec des enfants syriens, qui ont été les témoins de leur quotidien dans le camp, immortalisant leur regard sur cette réalité…

Un mois de lumière touche à sa fin…

Un mois éprouvant s’achève pour les musulmans aux quatre coins du monde. En Inde et au Pakistan, ce mois a été marqué par des pics de chaleur sans précédent, qui ont fait des milliers de morts, notamment à cause de l’absence d’électricité jusque dans les hôpitaux et du manque d’accès aux soins et à l’eau potable. Malgré tout, ce mois si spécial est marqué de générosité, de solidarité et de partage. Dans les mosquées pleines et rayonnantes de guirlandes lumineuses, on s’est rassemblé chaque soir pour rompre le jeûne et accomplir les prières de taraweeh. Quelques images de part et d’autre de la frontière indo-pakistanaise…