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Ouïghours, ou le silence insoutenable

Kashgar. Il fut un temps où ce nom résonnait comme le Baghdad des Mille et unes nuits, oasis au milieu du désert, bazar vibrant et grouillant, puit d’odeurs et de couleurs, étape méritée des expéditions de la route de la soie, qui arrivait comme par surprise, première civilisation rencontrée enfin après les déserts du Kazakhstan ou les montagnes d’Afghanistan et du Pakistan. Kashgar survit. Tente de survivre. Kashgar est aussi la capitale de la province chinoise Ouïghoure, le Xinjiang. Depuis plusieurs années, elle est victime des plans de rénovation décidés par le gouvernement chinois, en vue, selon ces mêmes autorités, de « moderniser » la ville. Dans les faits, ce sont toutes les traces de l’histoire et de la culture ouïghoures que l’on efface méthodiquement. Comme si rien n’avait jamais existé. Parallèlement, le gouvernement a entrepris une grande campagne de peuplement de la province par l’ethnie han, majoritaire, qui vient donc doucement mais sûrement remplacer les Ouïghours.

On tente un lavage de cerveau de tous les hommes musulmans âgés de 20 à 50 ans

Dans les années 2010, le gouvernement crée des « camps de rééducation » où il interne de force les hommes Ouïghours et Kazakhs, musulmans. Sa raison officielle ? Lutter contre le terrorisme islamique. En réalité, on tente un lavage de cerveau de tous les hommes musulmans âgés de 20 à 50 ans (un policier aurait expliqué qu’ils cherchaient effectivement à interner 100% des hommes de cette tranche d’âge), et à l’heure actuelle, plusieurs millions d’hommes seraient détenus dans ces camps, et leurs familles n’ont aucune nouvelle d’eux. Les rescapés des camps racontent la torture, l’obligation de chanter des chants patriotiques et de louer Mao et le communisme, l’obligation de manger du porc, l’interdiction de pratiquer leur religion et même de la mentionner, interdiction de parler aux autres détenus, apprentissage forcé du chinois, etc. Le nettoyage ethnique se fait tranquillement mais sûrement, des dizaines de droits universels de l’homme sont violés impunément dans l’une des plus grandes puissances économiques du globe, et le monde reste immobile…

Le régime de la terreur s’étend jusque dans les familles, puisque le discours tenu par les autorités aux familles de prisonniers est le suivant : « Ils reçoivent une «formation» afin de les instruire sur les dangers de l’extrémisme, et même s’ils n’ont pas enfreint la loi, il ne leur est pas permis de s’en aller. La famille doit donc «se réjouir de cette opportunité d’éducation gratuite fournie par le parti et le gouvernement visant à éradiquer totalement les pensées fautives, mais aussi à apprendre le chinois et une formation professionnelle. Les détenus sont soumis à un système de notation par points qui détermine à quel moment ils seront libérés, et que le comportement de leur famille a une influence sur cette note. »

Tous les aspects les distinguant de la culture majoritaire chinoise liés à leur culture ou à leur religion peuvent conduire à leur arrestation

Les Ouïghours se coupent progressivement du monde extérieur, tout contact avec leur famille à l’étranger par exemple pouvant être un motif d’internement dans un camp, et c’est l’une des raison pour lesquelles on sait si peu de choses sur ce qui se passe au Xinjiang. Tous les aspects les distinguant de la culture majoritaire chinoise liés à leur culture ou à leur religion peuvent conduire à leur arrestation : refuser de manger du porc ou de boire de l’alcool, porter la barbe, faire la prière, dire « bismillah »… Des dizaines de prénoms jugés trop religieux ont même été interdits.

À l’extérieur des camps, dans les familles restées sans hommes, le gouvernement applique méthodiquement une politique d’assimilation en envoyant des hommes du régime promouvoir l’«unité ethnique». Ils sont chargés de surveiller les foyers et d’enseigner l’idéologie politique du Parti communiste, faisant des ouïghours des prisonniers au sein même de leur foyer. Toute protestation pourrait bien sûr entraîner un internement dans un « camp de rééducation ». Le Xinjiang est devenue une prison à ciel ouvert…

Les Ouïghours de la diaspora ne sont pas épargnés, et en France comme dans d’autres pays occidentaux, ils sont victimes d’un véritable harcèlement : coups de téléphone anonymes leur demandant de se présenter à l’ambassade chinoise, avis de réception de colis à aller récupérer à l’ambassade, messages destinés à leur faire comprendre que les autorités chinoises sont au courant des moindres détails de leur vie. Comment est-ce possible que même ici, des réfugiés ne soient pas protégés et continuent à être menacés en toute impunité ?

Silence implacable dans les médias, et inaction totale du monde, y compris des pays musulmans. Pourquoi ? Est-ce que « économique » serait le mot clé justement, et est-ce que des contrats pourraient justifier l’internement forcé de millions d’êtres humains sous aucun motif, à part celui d’être ce qu’ils sont ?

Nous vous demandons à tous de vous indigner

Et nous, en tant qu’êtres humains, sommes-nous prêts à tout accepter, à avoir le sang de la collaboration sur les mains ? Nous refusons de participer au génocide qui est en train d’avoir lieu, et nous refusons de nous taire. Plus que cela, nous sommes certains que chacun doit prendre ses responsabilités et parler de ce qui se passe, car si les Ouïghours sont menacés et ne peuvent se permettre de le faire, nous, nous sommes libres de parler. Il fut un temps pas si lointain où l’Europe a aussi connu une épuration ethnique. Ce qui sonne comme des souvenirs de l’Histoire peut encore arriver. Puis vient le temps où l’on règle ses comptes avec soi-même et où l’on se demande quelle place nous avons eu : résistant, collabo, ou complice par son silence et son impact économique.

Nous vous demandons à tous de vous indigner, et de faire ce qui est tellement simple, partager, parler de ce qui se passe autour de vous et sur les réseaux sociaux, chercher des informations, faire connaître la vérité, refuser d’acheter chinois et de soutenir les entreprises qui délocalisent là-bas, d’interpeler des célébrités pour qu’elles prennent position, et aussi faire connaître la culture Ouïghoure pour qu’au lieu de disparaître, elle rayonne.

Credit : theculturetrip.com

Source des informations : Slate.fr

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