Voyage et culture
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La France black blanc beur nous a trahis #coupedumonde

Pour celles et ceux qui étaient assez âgés à l’époque pour se souvenir, nous avons tous un souvenir très précis et inébranlable de la coupe du monde 1998, et de l’euphorie dans laquelle nous nous sommes sentis plonger. Des marées populaires, le drapeau français arboré fièrement alors qu’on ne nous apprend pas particulièrement en France le sentiment patriotique, et que la Marseillaise (mais qu’on nous change ces paroles !!!) n’est pas apprise à l’école. Et soudainement le sentiment d’appartenir à quelque chose, à un groupe fort et indivisible, dans lequel chacun aurait sa place. Un espoir fou. On nous parle à l’époque d’une France black blanc beur, on prend conscience de la réalité de la population, elle est noire, blanche, arabe, musulmane aussi, tout cela c’est la France. Et on se prend à rêver de ce qu’on pourrait devenir si on est tous ensemble.

Mais 20 ans se sont écoulés. Zizou a donné son fameux coup de tête, « sa culture du quartier » l’a rattrapé, et le beur du black blanc beur est redevenu suspect de potentiel retour à sa nature originelle. Le drapeau français a été entaché des élections de 2002, de la loi contre les signes religieux de 2004 avec tous les débats malsains qu’elle a autorisé et toutes les langues qu’elle a délié sans limite, puis du sang d’Adama, d’Abou Bakary, de Zied, de Bouna, et de tous les autres. Puis les attentats et l’état d’urgence sont passés par là,  avec cette injonction à devoir se justifier sans arrêt sous peine d’être considérés comme complices. Ces débats interminables sur « les quartiers », « les musulmans », et « les banlieues », comme s’il s’agissait de contrées lointaines, et que leurs habitants n’allaient pas à la même école, ne lisaient pas les mêmes journaux et ne regardaient pas le même journal télévisé. Exclus du débat. Exclus de la patrie indivisible.

Le drapeau a pris la couleur de la trahison. Une trahison tellement plus forte, tellement plus douloureuse que si elle était venue de l’extérieur. Une trahison tellement plus brutale, car on nous avait fait miroiter des rêves d’égalité et que certains, naïfs qu’ils étaient, avaient osé y croire. La fracture. Cette fracture dont parlent les médias, s’illustre de manière très claire quand on est du mauvais côté : elle consiste à se demander sans arrêt, même de manière inconsciente, de quel bord est notre interlocuteur. Elle consiste ensuite à s’exclure soi-même du drapeau pour ne pas avoir à se poser interminablement cette question identitaire qui rend schizophrène et qui fait tellement mal, et éviter d’arriver à la conclusion inévitable : je ne serai jamais considéré comme un VRAI français. Elle consiste enfin en la réaction encore plus violente de la population bien-pensante et ouverte d’esprit qui fait comme si tout cela n’existait pas, comme si le racisme était derrière nous depuis longtemps puisque nous sommes une France désormais unie, et donc que la douleur est illégitime.

Coupe du monde 2018. Équipe de France. Mbappé, Kanté, Sidibé, Dembélé, Fekir, Hernandez, etc. Re-liesse populaire, re-réveil de la France « normale ». Goût amer.

Cet article n’est pas une réflexion personnelle. C’est le reflet de toutes les conversations et échanges entendus pendant cette coupe du monde, parfois commentaire détaché, souvent cri du coeur. Le constat d’un dilemme vécu par la partie de la population dite « des quartiers » ou « issue de l’immigration », entre l’envie irrépressible de se sentir à nouveau appartenir à ce grand groupe, bonheur procuré par la représentation et la reconnaissance tardive d’une France plurielle sur le terrain de foot, et de l’autre côté rage de la trahison et rejet de l’hypocrisie ambiante, en choisissant non pas une autre équipe, mais juste d’être « contre » la France.

Mais une petite voix nous dit encore une fois que l’espoir existe. Peut-être qu’en 98, la France n’était pas prête et qu’il fallait encore une génération de sacrifiés, crever des abcès qui ne l’avaient pas encore été et qui feront mal encore longtemps. Et peut-être que, comme le disait Omar Sy dans sa lettre adressée à l’équipe 2018, les joueurs de cette équipe seront les rôles modèles de demain, ceux dont on manquait cruellement, et qu’ils sauront endosser cette responsabilité.

Il est midi, nous sommes le dimanche 15 juillet 2018.

Bonne finale à tous.

 

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1 commentaire

  1. Pauline Landscapture.com dit

    La victoire ne sera qu’un placebo – une relative paix éphémère qui sera chassée par une prochaine bavure policière, par une prochaine polémique.
    Cette année pas de bleu blanc rouge pour moi.
    Trop ecoeurée de tout ces « scandales ».

    Ainsi est la France, stigmatisante et clivante.

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