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La petite fille de la vallée de Swat

Le prix Nobel de la Paix 2014 a cette semaine été décerné à Malala Yousafzai (Malalai en pashto), qui en devient, à seulement 17 ans, la plus jeune lauréate. Malala écrivait clandestinement un blog pour la BBC en ourdou, témoignage quotidien d’une jeune fille de la vallée de Swat vivant sous l’occupation des Taliban et luttant pour continuer à étudier. C’est ce qui avait conduit à son agression par les Taliban dans car scolaire il y a deux ans, et elle avait miraculeusement survécu à une balle dans la tête. Depuis, Malala est devenue un symbole dans le monde, mais surtout avant tout dans son propre pays, le Pakistan.

Malala est jeune, et forcément politisée et instrumentalisée, et c’est ce qui lui est souvent reproché au Pakistan, où l’on s’afflige de ne voir parler que de Malala à l’étranger, alors que l’on omet de mentionner les bombardements des drones américains sur le sol pakistanais. Nombreux sont ceux à l’étranger, des associations féministes aux islamophobes, qui cherchent à tirer parti de ce qu’elle représente désormais : la lutte pour l’éducation des filles. Au Pakistan, ce sont les politiques qui tentent de s’approprier son histoire. A l’inverse, les plus traditionnels craignent que cette notoriété ne mette dans la tête des autres jeunes filles pakistanaises des idées de vie à l’occidentale, alors que l’on ne parle que d’éducation. Maintenir dans l’ignorance pour mieux contrôler, mais à quel prix.

Nous en parlions dans un article précédent comme le grand malheur du Pakistan et de l’Afghanistan, qui sont restés dans l’ombre alors que l’Inde se développait de manière fulgurante : Plus de la moitié de la population est illettrée, et chez les filles, les statistiques battent des records. Dans des coutumes mêlées de traditions locales, on croit tenir de l’islam le fait qu’une fille ne doit pas être éduquée, notamment dans les zones pashtounes, le long de la frontière afghano-pakistanaise.

Malala a eu la chance de naître fille d’un professeur, qui croyait en l’éducation de sa fille, qui croyait en ce but, et qui lui a appris l’art de l’éloquence, qui l’a accompagnée dans chaque déplacement, qui l’a soutenue dans chaque démarche. Mais Malala est un cas bien isolé.

Le cas Malala est à double tranchant : il met le doigt sur un problème de société bien réel, qui appartient au Pakistan, et à nombre de pays en développement. Mais d’un autre côté, il rabaisse encore le Pakistan à ce statut de pays arriéré, dans lequel les fondamentalistes empêchent tout progrès social, et devient l’argument parfaitement trouvé de certains. Alors que le pays se bat pour maintenir sa tête hors de l’eau, il se passerait de cette publicité. Le problème de l’éducation est interne, espérons que ce sera aux familles et aux dirigeants des provinces que l’histoire de Malala ouvrira les yeux.

Vallée de Swat

Vallée de Swat

Ville de Mingora (Mingawra en pashto) dans la vallée de Swat

Ville de Mingora (Mingawra en pashto) dans la vallée de Swat

L’histoire de Malala met aussi en lumière les deux faces du Pakistan : le Punjab et le Sindh riches et développés, relativement épargnés, et les zones pashtounes, kashmiris et Balochs, sur lesquelles tous les problèmes semblent s’acharner : terrorisme, attaques de drones américains, catastrophes climatiques, etc. Elle est aussi la première figure « positive » de l’ethnie pashtoune représentée à l’étranger depuis très longtemps… Elle rappelle au monde entier l’histoire d’une vallée verdoyante connue pour sa beauté unique, qui bascula un jour dans l’ignorance, et qui fut, déjà à terre, achevée par les inondations de 2010. Alors au Pakistan, où l’on a parfois la triste impression d’avoir été oubliés de tous, on apprécie quand même cette petite voix qui s’élève…

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  1. Très bel article, le courage de cette jeune fille est émouvant. L’éducation est primordiale et comme tu l’as dis, nous espérons que le cas de Malala ouvrira les yeux aux pakistanais.

  2. Marie Kléber dit

    Comme toujours très bel article. L’éducation c’est notre combat à tous. Mais il ne doit pas être usurpé par ceux qui veulent assujettir le peuple pakistanais. Que la victoire de Malala et son courage servent de modèle à tous ceux prêts pour le changement.

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